Consultant et conseiller : un métier d’écoute, de don et de soutien
Par paul cousty, lundi 12 février 2007
Depuis quelques temps et tout dernièrement dans un certain nombre de médias (mensuels spécialisés, hebdomadaires ou presse quotidienne intellectuellement bien située…) il est de bon ton de critiquer sans discernement le métier du conseil en sciences humaines. Les approches en développement personnel, techniques d’expression, aide et soutien psychologiques, coaching et autres démarches pratiquées pour ceux qui en font un métier sont les cibles de journalistes sans scrupules ou d’experts se présentant comme les gardiens du temple de LA SCIENCE.
Dans ce bref témoignage je veux éviter le dénigrement vengeur et facile du métier de journaliste ou de théoricien mais en appeler à un peu plus de compréhension et de discernement. Si parfois des dérives ésotériques peuvent être constatées, cela ne doit pas masquer l’engagement personnel et intellectuellement maîtrisé de ceux qui font profession de l’aide et du conseil. Au-delà des mots et des méthodes, pour eux, il s’agit de « savoir - faire » d’expérience, issu de leur propre prise de conscience au travers de leurs situations de vie.
Or dans une société où : · la famille ne peut ou ne sait plus faire l’accompagnement de l’enfant ou de l’adolescent, · la jeunesse n’est essentiellement sollicitée que par les appâts de l’éphémère et de la réussite d’apparence, · l’univers de travail est de moins en moins un lieu de socialisation mais devient celui d’une compétition ou d’un harcèlement plus ou moins subtil en vue du profit, · l’individualisme fruit du marketing de l’hédonisme conduit beaucoup d’entre nous à la recherche de la satisfaction de nos désirs immédiats et à la mise en retrait de nos devoirs de citoyens pour aujourd’hui ou pour les générations futures, · la complexité de nos environnements et de nos contextes d’existence sont déstabilisants sans avoir des repères, des retours d’expériences afin de pouvoir soi-même s’engager et faire ses propres choix…
pourquoi ne pas faire preuve de plus de subtilité et de perspicacité pour « juger » ceux qui font la profession de praticien de l’écoute, de l’aide, du conseil, ou d’analyste social. Le combat entre théoriciens et praticiens a aujourd’hui fait long feu : combien d’intellectuels ne sont plus que des doctrinaires avec peu de rapport à la réalité vécue par la grande majorité des humains et combien d’hommes d’action ont connu l’échec de leurs initiatives et de leur volontarisme pour avoir ignoré la réalité du fonctionnement psychologique et social. Un rôle de relais entre l’action et l’analyse a toute sa légitimité : c’est celui du conseil et du consultant en sciences humaines. Faire officiellement ce métier et en avoir le statut est un choix plein d’exigences et de confrontations.
C’est ainsi que confronté à la critique peu pondérée des médias pour ceux qui pratiquent en sciences humaines, je souhaite témoigner de la dignité avec laquelle la plupart d’entre nous exerçons cette profession. Moi-même après avoir été chercheur dans les instances publiques, après avoir participé aux polémiques inter disciplinaires, après avoir produit des monographies et des rapports de recherche je considère, aujourd’hui, que les résultats de mes prestations de conseil et d’aide sont les vrais critères de mon utilité sociale comme spécialiste de ces domaines.
L’exigence de l’écoute, la lutte permanente contre sa propre subjectivité, la confrontation et le débat constants entre pairs, l’adaptation aux contextes multiples des institutions et des milieux de vie …l’itération continue entre la réalité observée et l’évolution des disciplines sont les conditions de la pertinence et de la pérennité dans ce métier. Cette constante dynamique d’ajustement et d’actualisation s’inscrit dans une pratique quotidienne qui connaît le doute, l’inquiétude ou l’angoisse par moments et qui connaît mais pondère toujours les réussites car les progrès dans une vie, dans une société, dans une organisation ne sont jamais définitivement acquis. Le conseiller ou le consultant s’inscrit donc dans une perspective de constante transformation.
Pour rester dans le registre du témoignage et non dans celui de la plaidoirie justificatrice, je veux conclure en évoquant au travers de ces lignes certains remerciements qui ont jalonnés mon expérience :
· ceux d’hommes et de femmes qui ont dépassé une épreuve existentielle : un divorce, le décès d’un proche, la plongée dans le chômage, la dépendance à la drogue et à l’alcool…
· ceux de responsables d’entreprise qui ont engagé leur responsabilité pour intégrer les dimensions humaines et sociales à leurs objectifs de performance…
· ceux de membres d’organisations publiques qui ont enrichi le contenu de l’engagement dans le service public par un accueil plus personnalisé, par une vigilance plus affûtée face à toute ségrégation ou toute discrimination ;
· ceux de syndicalistes qui ont élargi la compréhension du jeu social au delà des seuls critères de leur appartenance ;
· ceux des personnels médicaux et du soin qui ont su trouver dans nos apports une ressource pour restaurer leur propre raison d’être et pour garder leur équilibre émotionnel face à la souffrance ;
· ceux de pères ou de mères qui ont rétabli une communication avec leur enfant après une rupture ou lors d’une période de vie critique…
· ceux de ces professionnels partis faire leur carrière à l’étranger et qui ont eu le souci de comprendre la culture locale et qui ont su en mettre en œuvre la démarche,
· ceux de ces salariés qui nous attribuent une part de responsabilité dans « l’humanisation » du management grâce à la mise en œuvre d’une participation plus effective…
C’est avec plein d’émotion que je dresse cette liste qui peut apparaître bien prétentieuse au lecteur. J’en assume le risque en espérant qu’entre les lignes seront perçu la vigueur de ma résistance face aux faciles dérisions et la joie éprouvée dans l’engagement de la profession de l’aide et du conseil.
Paul Cousty Co – fondateur de Relayance